Passion Economy : quand le lien en bio devient stratégique

En route vers le “Wechat” des créateurs

Alors que la Passion Economy continue son inexorable ascension, les créateurs, dont la présence et les actions sont souvent fragmentées sur différentes plateformes sociales, ont plus que jamais besoin d’un hub central pour regrouper toutes leurs initiatives. La solution paraît évidente : elle consiste à créer un site internet. Et pourtant, ce “site web” ne se présente pas tout à fait comme vous pouvez l’imaginer. Décryptage.

La page de liens, késako ?

Tout d’abord, rappelons le contexte général, les prémices du phénomène. Si vous utilisez Instagram (pareil pour TikTok aujourd’hui), vous avez sûrement déjà constaté que l’on ne peut pas mettre de liens dans ses publications classiques. La raison est simple : les réseaux sociaux sont construits pour capter notre attention – hors de question de nous laisser quitter leur plateforme ! S'ils le permettent, c’est la porte ouverte à tout : ils perdent l'attention et, ce faisant, les revenus publicitaires. Bref, c’est tout simplement IM-PEN-SABLE !

Par conséquent, la solution consiste à ajouter un lien dans sa bio de profil. Toutefois, si vous souhaitez mettre en avant plusieurs ressources, cela s’avère impossible, car vous n’avez qu’un seul emplacement de disponible. CQFD. Pour répondre à cette problématique, un certain nombre de sociétés rusées telles que Linktree, Campsite, many.link ont vu le jour. Elles permettent ainsi à une marque ou une personne de créer une page centrée sur les liens. À première vue, l’usage peut sembler cosmétique, un nice-to-have, sans véritable enjeu stratégique. Et pourtant, avec l’essor de la Passion Economy, les cartes se redistribuent ; ces start-ups, qui ont souvent démarré comme de sympathiques projets annexes, passent à plein temps.

Linktree mène la danse (pour le moment)

Dès 2016, Linktree démocratise l’usage de ces arbres à liens et fait figure de leader. Dans un article pour Techcrunch, la start-up australienne qui a d’ailleurs récemment bouclé une levée de fonds de $10,7 M, avance ses forces :

  • 8 millions d’utilisateurs, parmi lesquels de nombreuses célébrités.

  • 28 000 nouveaux utilisateurs chaque jour. Oui, chaque jour.

  • Une équipe qui est passée, en 1 an, de 10 à 50 employés.

  • Des usages qui ne se cantonnent plus à Instagram. Ainsi, 25 % des visites proviennent du trafic direct.

  • Enfin, l’introduction de bannières pour soutenir des causes, notamment lors du mouvement “black lives matter” permettant de donner un coup de projecteur supplémentaire à la start-up.

Le co-fondateur Alex Zaccaria explique sa vision en soulignant que son service évolue vers une plateforme beaucoup plus large, dans l’optique d’"unifier tout un écosystème numérique" et "démocratiser la présence numérique". Il déclare ainsi que si certains clients continuent à maintenir un site web classique, pour d'autres, Linktree le remplace complètement.

Migration vers les applications ?

On ne va pas se voiler la face : disposer d’un site internet traditionnel possède évidemment ses avantages, mais aussi son lot d’inconvénients, surtout pour les particuliers. Les pains points sont nombreux : tout le monde n’a pas les compétences techniques, même les plus rudimentaires (mise en place d'un serveur, installation d'un CMS, configuration d'un template, gestion des plugins, etc.), cela prend du temps, et nous savons que les créateurs ont tout sauf du temps. Enfin, le stack complémentaire est complexe à gérer (abonnements, paywalls, communauté, CRM, etc.)

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle typologie d’acteurs voit le jour.  Si à première vue elle ressemble beaucoup à Linktree & Co, en réalité, elle se démarque à plusieurs niveaux.

  • Citons Beacons, fondée en 2019, qui fait partie du prestigieux accélérateur de start-ups américain Y Combinator. Ici, on ne parle même plus de profil à liens multiples. La start-up américaine entend être : “le meilleur générateur de sites web mobiles pour les créateurs de contenus”. Pour y parvenir, Beacons propose non seulement de regrouper toutes les initiatives en ligne du créateur, mais aussi – et surtout – de l’aider à vendre en un clic et de manière beaucoup plus rapide que sur un site classique. Le créateur peut ainsi établir des liens avec son public, promouvoir sa marque, tout en personnalisant sa page selon ses propres aspirations. Le concept se veut efficace, sans bla bla, en somme, en parfaite adéquation avec la génération de digital nomades mobile-first que nous sommes. Un exemple ? Le profil de la fitness guru Brittany Noelle  qui comprend l’accès à tous ses profils sociaux en ligne, une courte bio, ses recommandations de produits contextualisés avec une vidéo d’elle-même les utilisant, des codes de réduction, un formulaire d’inscription pour sa newsletter, et la possibilité de la booker pour une session de coaching individuel pour la modique somme de $10.

  • Autre exemple intéressant, celui d’Universe. Il s’agit d’une application qui permet, grâce à du drag and drop et depuis son mobile ou iPad de créer facilement un superbe site internet et, tout aussi aisément, de commercialiser ses produits. Ici, on s’éloigne des profils de liens statiques, pour un univers plus expérientiel où la créativité prime. Il suffit de regarder les exemples que la marque met en avant pour s’en convaincre.  Toutefois, Universe se veut plus qu'un simple générateur de sites web, elle offre des analytiques, des noms de domaines personnalisés, des courriels, des fonctionnalités de listes de diffusion, des possibilités de monétiser ses contenus, mais aussi des services associés pour faciliter la vie du créateur, comme des étiquettes pré-affranchies pour UPS et USPS.

En route vers le “WeChat” des créateurs

Mais ce n’est pas tout. Il existe un autre service qui sort du lot, il s’agit de Flooz. À première vue, il ne paye pas de mine. Toutefois, quelque chose dans le wording m’a interpellée suffisamment pour contacter le fondateur avec qui je me suis entretenue plus d’une heure via Zoom, lui à Dubai, moi à Paris. Pour l'heure, Flooz vous permet de créer une collection de liens et d'ajouter des blocs de monétisation, comme des Q/A, des téléchargements numériques, des sessions de Zoom live et plus encore - testez l'expérience utilisateur ici.

Le plus intéressant dans cet outil réside dans la vision du fondateur :

"La mission de Flooz est de fournir aux créateurs la meilleure solution "business-in-a-box" sous la forme d'une boîte à outils mobile first. Nous créons une suite d'outils simples à utiliser, mais puissants, qui automatisent les tâches des créateurs afin de leur permettre de se concentrer sur le storytelling plutôt que sur la gestion de leur infrastructure technique".

En d'autres termes, les créateurs peuvent créer et entretenir leur site, appliquer des templates pour brander leurs pages, ajouter des collections de liens, vendre des contenus exclusifs à grande échelle (cours, vidéos, téléchargements numériques, etc.), constituer une liste VIP d'abonnés (e-mails et SMS), et plus encore en appliquant une automatisation puissante – similaire à celle de l'outil IFTTT. 

Pour résumer, il s’agit de regrouper un site web, un outil d'automatisation, une base de données CRM, un fournisseur d'e-mail, une plateforme sms et un outil de paiement. Imaginez la puissance combinée de WordPress, Substack, Patreon, Venmo, Mailchimp, Zoom, Whatsapp, Gumroad, Gmail, et bien d'autres encore ; le tout réuni en un seul outil. Cela pourrait très bien être l'avènement d'un WeChat pour les créateurs – un couteau suisse qui pourrait facilement devenir l'outil phare de la Passion Economy.

Cet exemple met également en évidence la nouvelle vague de modèles économiques dits hybrides. Ce faisant, l'entreprise peut générer une incroyable dynamique, élargir son marché adressable total (TAM) et en même temps assurer une bonne base de revenus réguliers

Un business particulièrement créatif conduisant à modifier la façon dont les créateurs utilisent et monétisent les réseaux sociaux et construisent leurs marques, ce qui, à son tour, pourrait révolutionner la Passion Economy telle que nous la connaissons. Une époque fascinante, n'est-ce pas ?

Marie

PS. Par un hasard sérendipitesque, je suis tombée sur le profil de Josh Dance qui avait mappé la première génération d’outils. Je l’ai contacté, il a relu mon draft, et j'ai mis à jour son fichier. Voilà, vous pouvez consulter la liste de ces + 50 acteurs, fruit de notre travail collaboratif, ici.


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