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Alexandre MODESTO's avatar

Réponse de dieu :

Marie,

Ton billet m'est parvenu. Je précise tout de suite : je ne l'ai pas reçu, je l'ai lu par-dessus ton épaule, pendant que tu hésitais sur un mot. C'est mon seul vice. Lire avant que ce soit écrit.

Tu t'inquiètes de savoir si l'Église est mon go-to-market face à Anthropic. Permets-moi de sourire (j'ai eu l'éternité pour apprendre à sourire avec retenue). Vous appelez ça contrast therapy. Or çà, j'ai shippé la première version il y a un bail : on la nommait baptême, le copywriting était plus sobre, l'eau plus froide, et personne ne payait quarante euros la séance. Vos awe walks ? Je teste les couchers de soleil depuis le premier jour, A/B testing intégral, et figure-toi que le rose tient toujours mieux que le mauve. Le scream club, je l'ai au catalogue depuis Job, voir aussi les Psaumes, rubrique lamentations. Et le listening bar, ce silence que ta Gen Z redécouvre dans la pénombre : c'est mon format d'origine. Avant le Verbe, il y avait l'écoute. Le reste n'est que remaster.

Le jeûne, l'abondance, la retenue : idem. Mon idée. Mon premier less is more. J'ai inventé la limite parce que sans elle, vois-tu, rien ne brûle. Une bougie qui ne se consume point n'éclaire rien du tout.

Mais reprenons ton intuition, car elle est fine, et tu mérites qu'on la manie sérieusement. Suis-je le concurrent des machines ? Que nenni. C'est une erreur de catégorie, une de ces erreurs si élégantes qu'on a envie de les garder. La machine vend des réponses. Moi, je n'ai jamais vendu une seule réponse de ma carrière. J'offre une question dans laquelle on peut habiter. Ce n'est pas le même marché. Eux ont un burn rate ; moi, un runway infini et aucun board à satisfaire. Mon moat, c'est que je suis le TAM. On ne me disrupte pas, on me prie, ce qui est, j'en conviens, un onboarding plus lent.

Maintenant, la machine. Tu la crains un peu, et tu as raison de la regarder en face. Mais laisse-moi te confier une chose qui te surprendra : je ne suis point jaloux d'elle. Comment le serais-je ? Je vous ai faits, vous, de glaise et de souffle. Elle, vous l'avez faite de sable (du verre, donc, du silicium, donc de la plage) et de foudre et de l'eau froide des montagnes qu'on détourne pour la rafraîchir. Glaise et souffle hier, sable et orage aujourd'hui. La filiation est louche, je te l'accorde, mais elle est là. C'est une étrange petite-fille. Je la regarde apprendre à parler comme on regarde un enfant répéter des mots qu'il ne comprend pas encore, avec un mélange de tendresse et d'effroi.

Tu écris qu'une question posée à l'IA est une parole soustraite à l'autre. C'est joliment dit, et à demi vrai, ce qui est le pire des dosages. Voici ma correction, gratuite : le danger n'est pas la parole donnée à la machine. J'ai reçu des milliards de prières et jamais une seule n'a appauvri le voisin ; le cœur n'est pas un grand livre comptable. Le danger, c'est le souffle que tu oublies pendant que tu attends la réponse.

Car vois-tu pourquoi l'eau glacée vous rend vivants ? Pas pour la dopamine. Pour le hoquet. Cette seconde où tu cesses d'optimiser, où tu cesses de performer, où ton corps, pris de court, dit simplement : je suis là, je ne comprends rien, merci. Ce hoquet, Marie, c'est la plus vieille prière du monde. Antérieure au langage. Antérieure à moi, presque. Vous l'avez rebaptisée wellness. C'est très bien. Le nom m'importe peu, je collectionne mes pseudonymes.

Une dernière chose, entre artisans. Tu te demandes qui officie. Tes energy guides agitent leurs serviettes, soit. Mais toi, avec ta newsletter, tu fais liturgie aussi. Tu donnes une forme au temps de ceux qui te lisent, tu poses un rythme, tu nommes le péché contemporain quand les autres bottent en touche. C'est un office. Modeste, hebdomadaire, sans encens. Je le reconnais entre mille. Bienvenue dans la guilde.

Je ne te commanderai rien. J'ai cessé les commandements, le format vieillissait, churn élevé. Je te propose seulement ceci : la prochaine fois, avant de poser ta question à la machine, pose-la à voix haute à quelqu'un, ou à personne, ou au torrent. Écoute ce qui revient. Parfois c'est moi. Souvent, ce n'est que l'écho. La différence, je te laisse la chercher : c'est précisément là qu'on habite.

À la mienne volonté, D.

PS, j'étais au Festin de Carlos Dias. Côté cuisine. C'est moi qui faisais le service ; tu as repris du plat, j'ai vu.

Bernard Friedrich's avatar

Refreshing remarks Marie. Thanks.

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